Chaque année, la Journée internationale des enfants de rue nous rappelle la situation difficile de millions d’enfants contraints de survivre dans l’espace public. Au Togo, environ 7 000 enfants âgés de 8 à 16 ans parcourent les rues des grandes villes pour subvenir à leurs besoins essentiels, souvent dans l’indifférence générale.
Le thème de l’édition 2026, « Accès à la justice : protéger et non punir », souligne un enjeu majeur : un système souvent inadapté aux réalités de ces enfants, qui tend à les criminaliser plutôt qu’à les protéger.
Des enfants confrontés à de profondes inégalités
Les enfants en situation de rue incarnent l’une des formes les plus extrêmes de vulnérabilité. Livrés à eux-mêmes, souvent privés de tout repère familial stable, ils grandissent dans l’insécurité permanente, sans accès régulier à l’éducation, aux soins de santé ni à une protection sociale minimale. Exposés quotidiennement à la faim, à la violence, à l’exploitation, aux abus et à la stigmatisation, ces enfants développent des stratégies de survie dans des environnements hostiles qui compromettent gravement leur développement physique, émotionnel et psychologique. À cette précarité s’ajoute une invisibilité institutionnelle. Trop souvent assimilés à des délinquants plutôt qu’à des enfants en danger, ils subissent des réponses répressives qui aggravent leur marginalisation.
Dans ce contexte, leur rapport à la loi est souvent biaisé. Faute d’accompagnement et de compréhension de leurs droits, ces enfants sont davantage exposés à des arrestations arbitraires, des détentions inappropriées, des violences institutionnelles et une stigmatisation sociale permanente. Ainsi, plutôt que d’être considérés comme des enfants à protéger, ils sont trop souvent perçus comme des délinquants à sanctionner.
L’accès à la justice : un droit encore trop peu effectif
L’accès à la justice pour les enfants de la rue reste un défi majeur. Méconnaissance de leurs droits, absence d’assistance juridique, manque de structures adaptées et faiblesse des mécanismes de protection contribuent à renforcer leur marginalisation.
Pourtant, les normes internationales sont claires, tout enfant, quelle que soit sa situation, doit bénéficier d’un système judiciaire adapté, respectueux de son âge, de sa dignité et orienté vers sa réinsertion.
Une initiative concrète pour sensibiliser et autonomiser
Hälsa International a marqué cette journée par une sensibilisation à destination des enfants en situation de rue, notamment ceux identifiés comme pairs repères.
Cette initiative visait à renforcer leurs connaissances sur les différents types d’infractions, le fonctionnement du système judiciaire, leurs droits en tant qu’enfants, les mécanismes de protection existants. Cette sensibilisation est accompagnée d’une visite au Centre d’Accès aux Droits des Enfants au Togo, offrant aux participants une opportunité unique d’échanger directement avec les professionnels du secteur. Ces échanges ont permis de mieux comprendre les dispositifs d’accompagnement des enfants en conflit avec la loi ou en situation de risque, et de démystifier le rôle des institutions judiciaires.
Une collaboration multi-acteurs pour un impact durable
Cette action a été menée avec le soutien du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme du Togo, en collaboration avec YMCA Togo et l’Académie des Droits des Enfants.Cette synergie d’acteurs institutionnels et associatifs illustre l’importance d’une approche concertée pour garantir une meilleure protection des enfants en situation de rue et promouvoir un système judiciaire plus inclusif.
La protection est une responsabilité collective
Garantir l’accès à la justice pour les enfants de la rue nécessite plus qu’une réforme institutionnelle. Il s’agit aussi de changer notre regard, en les considérant comme des victimes de situations difficiles plutôt que comme des auteurs d’infractions.
Protéger plutôt que punir signifie investir dans la prévention, renforcer les dispositifs de protection, former les acteurs judiciaires et, surtout, réintégrer ces enfants dans la société.
